Sport local : comment les collectivités adaptent leur modèle aux nouveaux besoins

Entretien avec Cyril Cloup, Président de Convergence Sport et expert des politiques sportives locales

Longtemps structurée autour des équipements municipaux et du soutien au tissu associatif, l’action sportive locale connaît aujourd’hui de profondes évolutions. Diversification des pratiques, attentes renouvelées des habitants, contraintes budgétaires accrues, transition écologique ou encore recherche d’attractivité territoriale conduisent les collectivités à repenser leurs priorités et leurs modes d’intervention.

Comment adapter l’offre sportive aux usages réels ? Quels équilibres trouver entre service public, initiative associative et acteurs privés ? Quels choix stratégiques engager en début de mandat ? Dans cet entretien, Cyril Cloup, ancien directeur général de l’ANDES aujourd’hui Président de Convergence sport, partage son analyse des mutations en cours et des leviers permettant de construire une politique sportive locale cohérente, ambitieuse et durable.

Cyril, comment caractérises-tu l’évolution des politiques sportives locales sur les 10 dernières années ?

Les dix dernières années ont été marquées par une transformation profonde des politiques sportives locales.

Tout d’abord, la loi MAPTAM en 2014 et la loi NOTRe en 2015 ont retenu retient le principe de spécialisation des compétences des régions et des départements et avec le renforcement des intercommunalités.

Toutefois, le principe des compétences partagées a été confirmé pour les domaines ayant un caractère transversale tels que la culture, le sport, et le tourisme, en confirmant la place centrale des communes, qui demeurent le premier financeur public du sport.

Alors que la compétence sportive est facultative, les communes s’en sont saisies comme un facteur incontournable d’animation et d’identité de leur territoire. 

Ensuite, le dernier mandat a été placé sous le révélateur des crises avec trois crises majeures sur la plan sanitaire, énergétique, politique et budgétaire qui ont impacté les politiques sportives.

Ainsi, les Collectivités locales doivent faire face à un environnement mouvant : un parc d’équipements vieillissant, une demande sociale plus diversifiée, une montée en puissance des enjeux de santé publique et d’inclusion.

Dans ce contexte inédit, l’enjeu désormais pour les élus locaux est de clarifier les priorités, objectiver les choix et bâtir une stratégie sportive territoriale cohérente.

Sommes-nous passés d’une logique d’offre (équipements, clubs) à une logique d’usages ?

Oui c’est une tendance lourde qui s’est imposée par nécessité plus que par choix politique. L’argent public étant plus rare et plus cher, les collectivités locales doivent s’assurer de l’efficience de la dépense publique.

La première question pour les élus locaux n’est plus de savoir ce qu’elle doit construire ou rénover, mais de quoi les habitants ont-ils réellement besoin pour pratiquer ?

C’est la raison pour laquelle les démarches de concertation de démocratie participative se développent au début du mandat, sous forme d’assises locales, de comités de réflexion ou de groupes de travail.

Cette réflexion pousse à une analyse plus fine des besoins des habitants, une attention accrue à la diversité des pratiques (compétitive, loisirs, libre, mobilités actives) et une volonté de mieux calibrer les équipements sportifs en conséquence.

Il s’agit de questionner dans un premier les attentes des habitants, avant de répondre à la demande sociale pour les traduire ensuite sous forme de programme d’actions.

Le modèle historique “club + équipement municipal” est-il en train de s’essouffler ?

Avec plus de 350 000 associations sportives en France dont seulement 14% sont employeuses, ce modèle reste un pilier du sport local, mais il n’est plus le seul référentiel.

Il évolue dans un environnement désormais plus complexe, plus exigeant, et plus instable.

Les collectivités doivent désormais prendre en compte les facteurs suivants :

  • La professionnalisation des clubs face aux évolutions en matière de gouvernance, RH, et modèle économique ;

  • L’émergence des acteurs privés notamment sur les pratiques nouvelles plus génératrices de ressources ;

  • La diversification des modes de gestion selon les compétences disponibles (régie, DSP, partenariats) ;

  • La recherche de ressources complémentaires (activités marchandes, sponsoring, mécénat, appels à projets) ;

  • Des usages plus souples et plus individualisés qui bousculent les formats traditionnels.

C’est le rôle des élus locaux d’accompagner la montée en compétences des clubs, de choisir les modes de gestion des équipements les plus efficients pour sécuriser leur modèle économique.

À quoi reconnaît-on une politique sportive territoriale réussie aujourd’hui ?

Une politique sportive réussie est d’abord une politique alignée avec son territoire : son histoire, sa culture, ses ambitions. Elle se mesure également à la satisfaction de l’intérêt général et cherche à construire une stratégie cohérente et lisible.

Elle s’appuie sur une stratégie qui valorise les atouts du territoire, prend en compte ses contraintes, et répond aux attentes de ses habitants. On parle souvent de marketing territorial pour exprimer cette volonté de se différencier et d’accroître son attractivité.

Pour aller plus loin, en tant qu’ambassadeur de son territoire, je dirais que la mission d’un élu local est d’en accroître sa désirabilité : donner de la fierté à ses habitants, susciter l’envie d’y investir pour les entreprises, et faire naître le désir de s’y installer lors des mobilités professionnelles.

Quand une politique sportive embrasse ensemble des enjeux sociétaux (cohésion, attractivité, transition écologique), alors elle peut être considérée comme une politique publique structurante.

C’est tout l’enjeu du début du mandat municipal de fixer un cap pour les six prochaines années à la hauteur de son ambition sportive et de ses défis.

Suivant
Suivant

L’intelligence artificielle au service des territoires : mythe technologique ou opportunité réelle ?